Le secteur automobile vietnamien

Selon le Département général des Douanes, en 2019, 142.000 véhicules ont été importés au Vietnam pour 3,1 milliards de dollars. Cela correspond à une augmentation de 71% en nombre et de 69,4% en valeur par rapport à 2018. Cette progression est la résultante de l’Accord sur le commerce de marchandises de l’ASEAN (ATIGA) qui,  depuis le 1er janvier 2019, a  totalement exempté de droits de douanes les véhicules importés au Vietnam depuis un pays membre de l’ASEAN.

En 2020, l’Accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Vietnam (EVFTA) a prévu, à son tour, une libéralisation des droits de douane pour les véhicules en provenance de l’UE.  Ainsi, il y a fort à parier que le secteur automobile vietnamien connaisse, ces prochaines années, un nouveau bond au niveau des importations. 

Si ces données statistiques mettent en lumière l’opportunité que représente le Vietnam pour les exportateurs européens du secteur automobile, elles ne prennent en compte ni les conséquences de la pandémie de la Covid-19 ni les défis que soulèvent l’entrée en vigueur de l’EVFTA pour le Vietnam. 

Cette carence conjoncturelle est l’occasion pour la CCIFV de retracer le paysage du secteur automobile au Vietnam (1) et de présenter les enjeux de ce secteur à la lumière des stipulations de l’EVFTA et de la pandémie de la Covid 19 (2). 

Le secteur automobile vietnamien

Ces dernières années, le Vietnam a accueilli de nombreux projets d’assemblage et de production d’automobiles. Par exemple, en juin 2019, la première usine de construction automobile développée par une entreprise vietnamienne a été inaugurée. 

Ce développement dans le secteur automobile s’explique par la volonté du gouvernement vietnamien de répondre, d’une part, à la demande intérieure et de servir le marché régional d’autre part. 

En effet, le Vietnam compte près d’un scooter pour deux habitants, faisant de lui le pays au monde où l’on possède le plus de scooters par habitant. Toutefois, les discussions sur l’interdiction des deux roues dans les grandes villes du pays (Hanoï, Ho-Chi-Minh-Ville, Danang) et le développement rapide de la classe moyenne pourraient marquer le déclin des scooters au profit du développement du secteur de l’automobile. 

Aujourd’hui, la classe moyenne représente 13% de la population vietnamienne (soit 22 millions de personnes) et, celle-ci devrait doubler d’ici 2026. L’expansion de cette classe s’accompagne d’une occidentalisation des goûts, souvent traduite par la possession d’une voiture. Selon les estimations, le taux de croissance de possession d’une voiture au Vietnam est, à ce jour, de 10,5% et pourrait atteindre 12 à 15% au cours de la prochaine décennie. 

Ce facteur contribue fortement à l’attractivité du secteur automobile vietnamien au point de faire du Vietnam l’un des quatre plus grands constructeurs automobiles d’Asie du Sud-Est. 

Cependant, malgré cette position, l’industrie automobile vietnamienne est grandement dépendante des importations. Selon les données officielles, le taux de localisation moyen dans ce secteur est de seulement 10 à 15% soit l’un des plus faibles de la région.  

Ce chiffre s’explique par le fait que le Vietnam n’a pas su investir dans le développement d’une industrie automobile de pointe. Dès lors, la production locale est réduite à la fabrication de produits de faible technologie tels que des pneus, des rétroviseurs ou encore des sièges. Face à cette réalité, les entreprises vietnamiennes sont contraintes “d’importer, chaque année, entre 2 et 3,5 milliards de dollars en composants et pièces pour la fabrication, l’assemblage et la réparation de véhicules”. Ces importations se répercutent sur le coût de production, lequel devient alors plus élevé pour les véhicules produits au Vietnam que pour ceux importés. 

Ainsi, cette seconde caractéristique justifie également l’attrait que représente le Vietnam pour les constructeurs étrangers, notamment européens. 

En définitive, le marché vietnamien de l’automobile est propice au développement des échanges et des affaires. La récente ratification de l’EVFTA devrait renforcer cette tendance ou du moins la maintenir au regard du ralentissement résultant de la pandémie de la Covid-19.

Les enjeux liés à la Covid-19 et à l’EVFTA

Un secteur ralenti par la pandémie de la Covid-19

Si le secteur automobile vietnamien est promis à un avenir prometteur, la pandémie de la Covid-19 est venue ralentir la croissance engagée dans ce domaine. En effet, la plupart des constructeurs et assembleurs automobiles ont été contraints de suspendre leurs activités ce qui a, indéniablement, eu des effets négatifs. 

Les répercussions économiques sur le secteur vietnamien sont déjà visibles. Selon le rapport de l’Association des constructeurs automobiles vietnamiens (VAMA), le marché de l’automobile a reculé de 36% au cours des quatre premiers mois de 2020. Sur l’année, la VAMA prévoit une baisse d’au moins 15% pour l’ensemble du marché.  

Or, au Vietnam, le marché automobile contribuerait à hauteur de 3% du produit intérieur brut. Apparaissant donc comme un secteur clé de l’économie vietnamienne, le gouvernement est rapidement intervenu pour contrer les effets de la pandémie sur ce marché et ainsi, stimuler la demande domestique. 

À cet égard, le 28 juin dernier, le Premier ministre vietnamien a signé un décret prévoyant une réduction de 50% sur les frais d’immatriculation pour les véhicules fabriqués et assemblés localement jusqu’à la fin de l’année. Cette mesure a contribué à une reprise de la consommation automobile déjà visible au cours du second semestre 2020. 

Malgré ces mesures, l’année 2020 restera une année extrêmement difficile pour le secteur de l’automobile et ce, partout dans le monde. Toutefois, à la différence du reste du monde, le marché automobile vietnamien pourrait rapidement reprendre le chemin d’une croissance positive grâce aux opportunités qu’offre l’entrée en vigueur de l’EVFTA en la matière.

L’EVFTA : Moteur de la reprise du secteur automobile vietnamien

Lors des négociations de l’EVFTA, l’amélioration de l’accès au marché automobile vietnamien fut un enjeu capital. Depuis, les parties se sont entendues et ont adopté des dispositions visant à faciliter cet accès pour les voitures européennes. 

L’accord prévoit que, d’ici 3 ans, l’accès sera facilité par l’allègement des procédures administratives. Mais, la relance du secteur peut, dès à présent, s’appuyer sur la réduction progressive des droits de douanes sur les véhicules à moteur et les composants automobiles. 

Sur le plan administratif d’abord, le Vietnam s’est engagé non seulement à réduire les obstacles non nécessaires au commerce et à se conformer à la réglementation internationale en la matière telle qu’elle résulte de l’Accord UNECE de 1958. 

Par exemple, les exigences de la loi vietnamienne relatives à l’importation des véhicules complets (ex : tests ; rapports de conformité ; etc.) seront présumées être satisfaites par la seule possession d’un certificat d’homologation de type CEE-ONU en cours de validité. Le certificat de conformité “CE” des véhicules de l’UE sera, quant à lui, reconnu dès 2025. Ainsi, la fin de ces formalités viendra accroître l’attractivité du marché automobile vietnamien pour les européens.  

Ensuite, concernant la réduction des barrières tarifaires, il convient de rappeler que jusqu’au 1er août 2020, les voitures, motos et composants automobiles européens étaient taxés entre 32 et 70%.

Or, avec l’entrée en vigueur de l’EVFTA, certains types de véhicules comme les motos 150cc ou les voitures de moins de 10 personnes verront leurs droits de douane réduits progressivement jusqu’à atteindre 0% d’ici 7 à 10 ans. De même, les composants importés - représentant chaque année près de 3 milliards de dollars - seront exemptés de droits de douane d’ici 7 années.

Ces réductions tarifaires significatives contribueront immédiatement à la reprise des exportations européennes vers le Vietnam mais aussi, à l’activité économique vietnamienne dans son ensemble. En outre, ces avantages permettront surtout aux constructeurs européens d’être plus compétitifs sur le marché vietnamien, où les véhicules asiatiques bénéficient déjà d’une exemption des droits de douane.

Pour résumer, la période actuelle contraint l’industrie automobile à une phase d’ajustement mais, les mesures gouvernementales et l’entrée en vigueur de l’EVFTA devraient permettre de soutenir cette industrie sur le long terme. La simplification de l’accès au marché vietnamien aidée par des avantages tarifaires et un pouvoir d’achat grandissant de la population vietnamienne devraient séduire les constructeurs du Vieux continent.

© Article rédigé par la Chambre de Commerce et d’Industrie France-Vietnam (CCIFV). Droits de reproduction réservés.

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